Nous avons regardé hier soir le film de Di Caprio, the 11th hour. C’est un montage très efficace d’interviews d’experts et d’activistes (activists, militants) qui ont tout compris à propos des risques liés aux dérèglements anthropiques de la planète, et d’images d’archives montrant de façon très graphique ce qui se passe vraiment, déjà. Beaucoup de ces images sont prises en hélicoptère, une méthode de prise de vue dont l’empreinte carbone est négligeable, n’est-ce-pas ?

La question posée est de savoir si nous sommes encore à la onzième heure ou s’il est déjà trop tard. Dans le premier cas, parce nous baignons dans une culture forgée par la Bible, nous aurons la possibilité de sauver les meubles, d’achever la récolte du vignoble avant le soir et donc de gagner notre paradis sur terre. C’est en gros ce que dit l’IPCC, le GIEC pardon. Dans le second cas advienne que pourra. Mais visiblement, Di Caprio, qui intervient comme modérateur dans le film avec un discours technocrato-scientifico-politique, croit qu’il est encore temps. Qu’on pourra revenir à une vision thoreau-ienne de la nature et poursuivre notre alliance avec elle.

Maman voit dans The Grapes of Wrath, qu’elle est en train d’enseigner, une prophétie de ce qui se passe aujourd’hui, une vengenace de la nature, qui reprend les rennes du pouvoir alors qu’on avait essayé de la mettre en esclavage.

Et « la crise » arrive par là-dessus et on confond la crise actuelle et cette crise future annoncée par les environnementalistes catastrophistes, dont je suis.

Un peu comme on s’était trompé en 1974 en parlant de crise pétrolière, alors qu’il s’agissait en fait de la fin de la période de reconstruction de l’après-guerre et de l’accouchement, dans un certain chaos, d’une société de partage, au niveau occidental, avec l’invention de la société de consommation à une échelle de masse, et, au niveau mondial, à l’émergence des pays qu’on appelait alors sous-développés dans l’économie mondiale. Crise déclenchée par une tension sur les marchés de matières premières, mais pas encore liée à la disparition des ressources. L’erreur du Club de Rome.

Et aujourd’hui ? On dit aussi que cela n’a pas de rapport, mais on le dit dans des analyses à chaud.

Dans les années 70, les analyses à chaud étaient toutes fausses et les politiques, comme Giscard en France par exemple, ne compenaient pas ce qui se passaient et se réfugiaient dans le déni. « Ça ne se passera pas en France », disait-il !

Nos analyses à chaud d’aujourd’hui évoluent au fil des semaines. On disait au départ que la crise financière resterait limitée à la sphère financière, que l’économie réelle ne serait pas affectée. Tu parles ! On découvre d’ailleurs petit à petit que la crise de l’économie réelle s’est installée bien avant que la crise financière n’éclate. Les indicateurs ont commencé à décrocher en début 2008, alors que la crise elle-même n’a été perçue que pendant l’été.

Que se passe-t-il donc de si profond ? Est-ce l’appel de la nature, the day of reckoning ? Ou un simple décrochement conjoncturel, qui, en tant normal, aurait été corrigé dans les mois qui suivent ?

Ou autre chose, une rupture profonde, si profonde qu’il ne suffira pas de réapprendre aux banques à prêter de l’argent, pour que tout redevienne comme avant ?

La seule théorie que je connaisse qui puisse répondre à cette problématique est celle des cycles de Kondratieff – revue par Schumpeter (http://fr.wikipedia.org/wiki/Cycle_Kondratieff). Les innovations technologiques majeures entrainent des périodes longues de croissance, jusqu’à ce qu’on en ait épuisé les ressources et que le moteur s’arrête. La fuite en avant est alors reprise, à point nommé !, par une autre innovation majeure. Le problème de cette théorie est qu’elle a l’air d’expliquer les choses passées, mais qu’elle ne permet pas de prévoir quoi que ce soit… On avait annoncé que le nouveau Kondratieff était porté par Internet, mais visiblement çà ne marche pas bien, sauf à dire que la durée des cycles se raccourcit beaucoup. C’est une théorie ad hoc, inventée par des économistes à l’âme d’historiens, pas par des gens de sciences politiques.

Il y a aussi ceux qui parlent de crise morale. Mais beaucoup d’entre eux veulent nous vendre un produit ancien et pas mal frelaté.

Alors ?