Je me suis réveillé trop tôt ce matin et ai écouté, regardé de mon lit une émission sur les Impressionnistes sur ARTE. Une demie heure, qui replace les peintres les uns par rapport aux autres, les œuvres par rapport à l’histoire et explique leur recherche sur la faon de capter la lumière dans leurs toiles et de figer le temps, l’impression que cela leur fait. Lumineuse émission !

D’abord tous ces gens étaient des copains, des gens qui travaillaient ensemble, beaucoup et expérimentaient, sans fin jusqu’aux Nymphéas de Monet, sa dernière œuvre, le bouquet final de sa vie. Et qui échangeaient, plantaient leurs toiles côte à côte aux quatre coins de Paris, de la France et de l’Europe.

Une aventure d’une trentaine d’année, de la guerre qui a créé l’Allemagne (étonnant, non, rétrospectivement de penser que l’Allemagne est née d’une agression sur ses voisins) au début du XXè siècle. Avec un cheminement, logique, rigoureux, nécessaire, sous les pinceaux et les couteaux des peintres et dans la société française, européenne, mondiale.

Pourquoi les tableaux de Londres ? Parce que Monet et Pissaro ont fui Paris et le guerre de 1870.

Pourquoi Rouen, parce que ces chercheurs de lumière la recherchent aussi dans la ville « moderne », cette invention de la fin du XIXè siècle, avec les avenues rectilignes du préfet Haussmann (il fallait ouvrir de larges voies à la troupe, pour que plus jamais la Commune, ET pour éviter qu’on ne puisse construire des barricades… tu parles, Mai 1968, na, une autre modernité); ils y glorifient aussi les formes modernes et audacieuses que permet l’acier, élégant dans les verrières des grandes gares de Paris et dans la puissance des locomotives à vapeur. 30 ans de recherches patientes et passionnées, qui les mène des jardins de Giverny vers la somptueuse lumière du Sud et, pour Degas, vers la photographie et le pastel, plus facile pour un vieillard qui tombe aveugle. 30 ans de continuité dans leur démarche, malgré le mépris et les quolibets des critiques et de l’Académie, ces gens qui pensent que les artistes sont des artisans qui doivent suivre des règles artistiques, galimatias de règles de bonnes mœurs, de pensée politiquement correcte et si conservatrice, si triste!

La joie de ces découvreurs, qui ressemble de fait à des chercheurs, des scientifiques, je n’avais jamais compris avant aussi clairement comment la démarche artistique et celle de la recherche étaient si proches, si semblables… pourquoi cela a toujours été, dans ma fascination pour la peinture et mon travail, celui de ma femme, de mes enfants et beaux enfants…

Et leur façon d’avancer sans que les critiques cruelles ni la pauvreté relative qui accompagne leur travail ne les arrête jusqu’à l’acceptation de leur démarche par un public large… et, si j’ai bien compris, par des acheteurs américains avant me^me que leurs compatriotes ne les comprennent en masse.

Le legs à la France de la collection de Caillebotte, confiée à Renoir comme exécuteur testamentaire,  a fini, en s’en donnant le temps, dans les musées nationaux, sauf un tiers dont ils n’ont pas voulu et qui sont partis aux USA, où ils forment le cœur de ces extraordinaires galeries de peinture d’outre atlantique.

Histoire éternellement recommencée de ceux qui comprennent les choses, parce qu’ils les découvrent, et de ceux qui ne comprennent rien et croient tout savoir, tout contrôler, tout régenter… Dieu merci, la critique académique y a laissé sa peau en ce temps-là! Mais leurs frères en perversion sont toujours là…

Je ne sais pas pourquoi, cela me fait penser à ce qui arrive en ce moment avec ULCOS!

On peut aussi se demander pourquoi ces gens ont fait, hic et nunc, cette révolution essentielle, qui a fait passer de Corot et Turner, des précurseurs qu’ils connaissaient et admiraient, à la peinture moderne actuelle, quii n’a pas cessé d’expérimenter, de revendiquer dans son champ tout l’expérience naturelle et humaine ? Alors que la société française par ailleurs inventait aussi autre chose, la république, digérait l’humiliation d’une défaite et progressait entre penseurs et activistes radicaux et hommes de pouvoirs beaucoup plus conservateurs, un monde lui aussi plus moderne. Mais je ne peux que penser que la vraie invention était probablement du côté des peintres et que leur capacité à inventer était liée à leur capacité à réagir à la dureté de l’histoire et allant ailleurs, en inventant autre chose. ???

PS., après ARTE, quelle belle chaine!, présentait la musique de flûte… de Frédéric le Grand, le mec qui a fait le diaphane château de Potsdam  qu’on a visité récemment avec Kathie! Une étonnante musique baroque, qui me rappelle à quelle époque ce souverain, artiste vivait vraiment.

Bonne journée à tous !

Papi