The Birat Family Chronicles..

Les tribulations d'une famille éparpillée...

Grave party in France!

La France cette semaine s’est payée une rave générale ! Le Monde a fait une fote d’orthografe en parlant d’une rêve générale. Elle était carrément grave cette party, n’est-ce-pas ?

Donc grosse colère du peuple, qui descend dans la rue et arrête de travailler parce qu’il considère que le gouvernement et l’hyperprésident n’écoutent pas les malheurs et les difficultés des gens d’en bas. C’est complètement vrai, l’arrogance des gens au pouvoir, le mépris qu’ils utilisent comme outil de pouvoir et l’hubris dont leurs discours sont remplis jusqu’à en dégueuler sont absolument évidents. C’est comme cela depuis deux ans, çà ne va pas changer parce qu’une crise pointe son nez ! 9/11 n’a pas changé les sophismes de GW, elle lui a au contraire donné l’argumentaire pour les mettre en musique encore plus vite.

On est donc dans la dialectique sur laquelle le monde se construit, n’est-ce pas, donc en cela tout va bien dans le meilleur des mondes marxistes. Le peuple voit les banquiers se distribuer des primes égales à plusieurs fois leurs salaires, en puissance de dix bien sûr, et ils considèrent à juste titre qu’eux aussi doivent passer au guichet Et c’est l’état qui va se charger de renverser les rôles. Ce même état qui est dirigé par l’hyperprésident qu’ils ont élu et qu’ils vitupèrent maintenant. Statu quo dans ce renversement. Une logique conservatrice parfaite, conservatisme de la gauche et du militantisme, allié objectif, aurait-on donc dit il y a  30 ans, du conservatisme de droite qui tient le pouvoir. Je change tout, mais avec les mêmes, dans les mêmes rôles. Rassurant, non ? Hyper-rassurant même.

Jusque là tout va bien. Evidemment, je fais référence au gars qui tombe d’un immeuble de 200 étages, etc.

Changeons de fil de récit. Dans 15 jours, ArcelorMittal va annoncer ses résultats 2008. Evidemment, je les ne les connais pas, mais j’ai l’intuition qu’ils vont être très honorables, moins que si la crise ne nous avait pas visités, mais confortables – AM avait un chiffre d’affaire au premier semestre qui était déjà de 80% de celui de tout 2007, et affichait des taux de rentabilité financière de 20% !!!

Que va-t-on faire de ces résultats positifs, de cet EBITDA record ?

Probablement se désendetter, car même une boite qui se vante d’avoir du cash doit rembourser ou refinancer ses emprunts (700 M€ fin 2007).  Pas investir, tout est gelé et un gros tiers des capacités de production est à l’arrêt. Noter que les prévisions de valeur de l’action à 3 mois sont de 66€ pour 18 actuellement, plus 270%. L’avenir est visiblement dans les actionnaires, ils vont se refaire, il ne faut pas les décourager. On va donc leur payer quelques dividendes, un poil, un micropoil en dessous de ce qu’on eut fait par temps calme, mais un signe clair à ces acteurs essentiels de la vie économique. 

Evidemment, les annonces de licenciements ici, de départs volontaires là, de chômage technique partout, de promesses non tenues au personnel, aux élus, aux pouvoirs publics sont présentes dans tous les esprits. La Com du groupe a donc un problème de première magnitude pour faire passer la pilule. Il faut un thème mobilisateur et incontestable, qui constituera un rideau de fumée assez visible pour en distraire certains. Quelqu’un a donc ainsi brillamment sorti le zéro accident. C’est la technique de Total, un pollueur impénitent notoire,  qui subventionne Ushuaia, l’émission écolo phare de la télévision, ou du trafic des indulgences au XVII7 siècle, qui ont ouvert une voie royale à la Réforme : il y a en effet et hélas eu 70 morts dans le groupe en 2007 et il y a du chemin à faire pour imaginer comment arriver à ce zéro accident – tarte à la crème du management dans les pays riches.  Le amateurs de bel ouvrage en matière de récit et de communication vont se régaler dans les jours qui viennent…

On peut aussi noter une autre petite musique, qui se fait entendre dans la presse en écho à la grave partie : l’effondrement de la bulle financière a entrainé Londres et toute la Grande Bretagne avec elle. La livre ne vaut plus qu’un euro et le pays est en faillite. Comme l’Islande, l’Irlande, l’Espagne, la Grèce, même l’Allemagne va mal. Pour l’instant, ne tire son épinglent du jeu que les US, parce qu’ils ont immenses et qu’ils sont le dernier rempart, et la France… Pour toutes sortes de raisons que le Monde du 31/01 explique avec une certaine satisfaction revancharde, avoir raison contre tous, c’est assez excitant, non ? Barrack et Sarko, même combat ! Ne souriez pas !!

 

Tout ce petit monde, bestiaire digne des fables de La Fontaine, qui s’agite en suivant les rails posés de toute éternité et les sentiers battus par des milliers de générations d’hommes-lemmings, de disciples de Panurge, croit en une chose simple : la crise va se terminer. Parmi les plus sophistiqués dans ce registre, il y a François Fillon, qui affirme que son gouvernement est déjà en train de préparer l’après-crise – comme les Ardennes belges, qui ont une ardeur d’avance ! Un collègue, hier, m’expliquait doctement que la crise n’allait pas durer jusqu’en fin 2009, « comme tout le monde le dit » (sic !), mais jusqu’à mi-2010 !

Pour moi, c’est comme de dire que les passagers d’un avion redescendront tous sur terre, quoiqu’il advienne : pas doute, on retrouve bien les boites noires ! (évidement je ne pense pas à LOST, LOL!).

Il va sans dire qu’après la crise, on recommence tout comme avant. C’est implicite parce que c’est évident ! On a simplement passé une zone de turbulence, il y a eu une bosse sur la route, un petit virus bénin, un poussée d’acné, un pétage de plomb dû à un surmenage, une baisse de tension pas une crise cardiaque, une durite qui a sauté pas une bielle de coulée, une diarrhée pas le choléra, un truc conjoncturel pas une rupture de paradigme vers un nouveau cycle de Kondratieff….

Malheureusement, heureusement, çà ne va pas se passer du tout comme cela. Et tant que tout le monde n’aura pas compris ce qui s’est passé, ce qui se passe, peu de chance que les décideurs décident ce qu’il faudrait décider. Les médicaments qui ne soignent que les symptômes ne sont pas très efficaces contre un cancer ou une septicémie ! 

Donc, oyez, oyez bonnes gens, voilà ce qui est en train de se passer !

Imaginez la surface libre dans une coupe de champagne. Les bulles montent  de la liqueur ambrée et y éclatent. Nous sommes en ce moment sur la surface du vin : les bulles éclatent dans tous les azimuts, la bulle foncière, la bulle financière, la bulle des subprimes, la bulle des hedge funds, la bulles des dérivés financiers, la bulle des obligations (à venir ?), etc… Les bulles sont partie intégrante du champagne, elles naissent en son sein, de son sein. Quand elles affleurent et se désagrègent – ce qu’on désigne vulgairement par une explosion, le champagne se dégaze. Il change et ne sera jamais plus comme avant (famous last words!).  C’est le champagne qui est la cause des bulles !

Traduction : il n’y a pas une crise des liquidités, suivie par une trappe à liquidités, isolée du fonctionnement de la machine économique. Il n’y a pas une crise financière isolée de la vie économique réelle. Il n’y a pas eu pollution de la vie économique par la sphère financière.

Il a une vraie crise, qui se manifeste par la sortie et l’explosion de bulles qui viennent de son sein.  Une crise profonde, globale, existentielle, quasiment ontologique de notre société, celle d’avant. Fukuyama, qui prédisait la fin de l’histoire, avait raison – évidemment avec une légère torsion par rapport à sa façon de la dépeindre ! 

On était dans un système qui tournait tout seul, sans régulation, et qui avait longtemps porté l’humanité vers du mieux être, dans les pays riches et dans ceux qui avaient l’impression de le devenir. Il était facile de croire que le système choisissait des chemins de développement qui assuraient automatiquement le bien-être du plus grand nombre et pouvait se perpétrer ainsi indéfiniment jusqu’à ce que le monde soit globalement heureux – il y a des théorèmes en économie classique qui disent à peu près cela. Laissez faire, enrichissez vous et le bon dieu vous le rendra ! Merci Reagan, merci Thatcher. 

Les pessimistes de service parlaient de la crise écologique qui se profile à l’horizon, avec épuisement des ressources et réchauffement global sans contrôle… Rassurez-vous, cette crise continue son chemin et elle est déjà là, même si on peut moins en entendre parler.

Mais en fait, une autre crise plus simple, plus bêtement économique était en route et allait faire dérailler le train en marche vers le bien-être universel ! On produisait des SUV, que les gens achetaient, certes, mais pour toutes les mauvaises raisons. Des petites voitures aussi pour que l’on puisse aller travailler depuis ces petites maisons perdues aux confins des faubourgs ou en zones rurbaines, 100, 200 km par jour, deux trois voitures par famille, 2/3 heures de transport quotidiennes. Les côtes espagnoles se bétonnaient accueillir au soleil des vacanciers venus du nord par les lignes aériennes low cost.  Abu Dabi construisait cette ville onirique au bord du Golfe persique, où on ne peut venir qu’après 5, 10 ou 15 heures d’avion. Airbus vendait des avions à Emirates, Ryanair ou Air France KLM, AcelormIttal de l’acier à GM ou Toyota ou PSA. Le ressort de cette consommation était tirée par le marketing, qui, comme chacun sait, créée des besoins et ne se contente pas de les réveler ! Comme disait Clinton, à propos de Monica, I did it because I could. All these peole, including myself, are buying some of these things because they can.

Vient le grain de sable, qui bloque la machine quelques microsecondes à l’échelle de l’univers.

Réveil des populations, dans leur dimension de consommateurs ! Ma bagnole, que j’avais imaginé de changer, peut durer quelques années de plus. D’ailleurs pourquoi aller perdre mon temps à choisir parmi l’hyperchoix de véhicules ? Cette offre en elle-même est absurde et coûte beaucoup trop cher. Résultat des course, le marché de l’auto chute en 3 mois de plus de 40%. Pourquoi pensez-vous qu’il va reprendre dans 1 an, dans deux ans ??? Quelles infrastructures le gouvernement va-t-il construire avec la politique keynésienne de grands travaux qu’il vient de lancer ? Des autoroutes ou des voies de tramway, des pistes cyclables ? Des zones urbaines avec des immeubles de très grande hauteur dans lesquels on a in intégré une véritable système écologique autonome ? 

Cela va prendre un certain temps de se mettre à faire tout correctement, de carrément reconstruire le monde, de ne pas trop se tromper dans ses choix, cette fois, de ne pas oublier les pays du Sud, l’Afrique mais aussi le quart monde qui vit au coeur de nos sociétés, celles qui se sont crues riches !

Grands tournants dans l’histoire : la fin du fascisme en 1945, des régimes communistes en 1989, du capitalisme libéral et de la mondialisation en 2008. 

Peu probable que les choses aillent beaucoup mieux avant longtemps. Que les banques qui gardent leur traders vedettes au chaud avec de bonnes primes puissent les  remettre au travail avant longtemps, très longtemps. Que les gens passent à la suite sans avoir pété quelques plombs, récupéré quelques primes chez des banquiers qu’on retrouvera pendus à la lanterne, que quelques régimes dits démocratiques n’aient disparu, que quelques guerres n’aient éclaté…

Il faudrait que çà ne dure pas trop longtemps quand même, car l’autre crise, la vraie arrive.

Il serait bon qu’on soit prêt à la recevoir dignement… ou avec dignité.

2 Comments

  1. C’est pas sympa de nous miner le moral en ce beau week end!! Moi je veux penser qu’à des choses gaies et aller consommer comme un fou furieux dans un centre commercial surchauffé!!
    Cette réaction instinctive est l’un de pb du système. S’attaquer à un problème de fond, dur, difficile, pénible et peu ludique ca n’est la priorité de personne si on leur offre une meilleure alternative à côté : aller au cinema, acheter un voiture à prix bradé, aller boire un canon avec des potes…
    Bon maintenant je vais oublier de façon un peu hypocrite ce monde à la fois complexe et très simple dans son fonctionnement et aller pédaler.

  2. oh là là… je sais pas si je peux absorber autant d’hyper-réalité aujourd’hui.

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